Mafus, Meuve, Douu...
Le 13 décembre 1961, à Bandjoun, une petite flamme s'allume : celle de Lucie DJUIDJE. Elle entre dans la vie comme un fil conducteur, une enfant promise à transmettre la chaleur et la lumière à tous ceux qui croiseraient son chemin.
Pourtant, son enfance connaît très vite ses premières ombres.
Dès juin 1966, elle est emmenée loin des siens vers Yaoundé. Deux ans plus tard, la vie l’entraîne vers Zoétélé. On se souvient d'une petite fille courageuse, fréquentant l’école religieuse de Nkoloment jusqu’au CM2 avec, pour toute richesse, l'unique vêtement qu'elle portait chaque jour. Ces années de dénuement n'ont pas éteint son sourire ; elles ont forgé sa résilience.
À 18 ans, en mai 1979, Lucie arrive à Douala. C'est dans l'effervescence de New Bell qu'elle rencontre l'unique homme de sa vie, Engelbert WAFFO BOGNE. Entre eux, le coup de foudre est immédiat.
En janvier 1980, ils scellent leur union devant les hommes, plaçant leur foyer sous la protection du Seigneur. De cet amour naîtront deux enfants, ses premières "armures" de mère, pour qui elle deviendra un pilier indestructible.
Mais le destin vient durement tester sa solidité.
En juillet 1986, elle perd son père, SA'A FOKO FEGUEM. Puis, le 22 septembre 1989, survient le vide immense : son époux s'en va pour toujours. Veuve si jeune, Lucie refuse de s'effondrer. Pour ses enfants, elle choisit de devenir une force pure.
Le 3 décembre 1990, elle pousse les portes du marché Deido. Armée d'un simple plateau d'épices et d'un courage sans limites, elle commence une carrière de 35 ans. Au fil des décennies, elle ne se contente pas de bâtir sa propre boutique ; elle devient un repère, une confidente pour ses voisins de comptoir, une femme capable de désamorcer les conflits d'un seul mot d'humour, isolant les siens contre les mauvaises ondes du monde.
Même lorsque son corps commence à souffrir, Lucie ne se plaint pas.
Entre 2011 et 2012, elle frôle la perte de son bras après une erreur médicale, subissant greffes et opérations avec une dignité qui force le respect.
En décembre 2022, elle doit affronter l'amputation de sa jambe gauche. Pourtant, malgré la prothèse et la douleur, elle reste cette "tour de contrôle" familiale, veillant sur chacun depuis son fauteuil, le cœur toujours chargé d'une énergie intacte.
Le 8 mars 2023, elle quitte le tumulte du marché pour une retraite forcée, mais sa lumière continue de briller intensément dans l'intimité de son foyer.
Le 8 décembre 2025, à 9h30, le courant s'est doucement arrêté. Ce dernier délestage nous laisse dans un silence pesant, mais le voltage de son amour reste gravé en nous.
Mama Lucie n’était pas seulement une commerçante ou une mère ; elle était une femme-source, celle qui réparait les cœurs et faisait jaillir la lumière là où il n’y avait plus d'espoir.